StyleÉvénement

Portrait de lauréat : Gaëlle Cerf, entrepreneure de l'année 2017

Dans le milieu, Gaëlle Cerf est connue comme la papesse québécoise de la cuisine de rue. Si la formule est vraie, elle ne rend pour autant pas justice à celle à qui revient cette année le titre d’Entrepreneure de l’année Gault & Millau.


Après quelques expériences en restauration aux États-Unis et à Montréal, c’est au Pied de Cochon que Gaëlle
Cerf fait ses armes dès 2002, peu après l’ouverture de ce temple montréalais de la bouffe. Elle sera responsable de salle durant sept ans et demi à repousser les limites physiques et mentales de la profession, de 17 heures à minuit cinq jours par semaine, 220 couverts par soir à une époque où les systèmes de réservation n’existaient pas et où tout était géré à la main. De son propre aveu, les années qui lui ont le plus appris – on la croit. La révélation a lieu après son départ en 2009, lors d’un voyage aux États-Unis. Elle prend conscience de l’importance d’un phénomène nouveau : une cuisine de rue mobile, préparée et vendue depuis des camions. 


La clé dans le contact
2010 marque le début de l’aventure Grumman avec ses deux associés Marc-André Leclerc et Hilary McGown. Le projet est simple : se lancer dans l’aventure du camion-restaurant par la grande porte. Le Grumman 78 lève le rideau dès l’été 2011 sur une cuisine mobile et… un véritable chef aux commandes dédié corps et âme aux tacos. Après la légalisation de la cuisine de rue en juin 2013, le camion vert citron est devenu l’emblème d’un mouvement militant : la réappropriation d’un certain art culinaire. 2013 sera aussi l’année de l’ouverture de la salle à manger Grumman 78, aménagée dans l’ancien garage de la cavalerie municipale, en plein quartier Saint-Henri à Montréal. Mais l’influence entrepreneuriale de Gaëlle Cerf ne se limite pas au lancement d’un restaurant, fixe ou mobile.


Une évangélisation réglementée
Un an avant l’intervention du législateur, en 2012, Gaëlle rencontre Guy-Vincent Mélo avec qui elle décide de fonder l’Association des Restaurateurs de rue du Québec (ARRQ). Cet organisme devenu incontournable vise à élever l’expérience de la restauration mobile et garantir l’irréprochabilité du service autant que des produits. Reste que les écueils sont nombreux dans un secteur encore nouveau, encore en heurt avec les restaurateurs traditionnels, certains maires réticents - (circonscription des camions à certains quartiers à Montréal, interdiction à Québec) – voire la précipitation de certains jeunes cuisiniers à vouloir prendre leur envol sans avoir le bagage suffisant. Gaëlle se bat ainsi sur tous les fronts, à commencer par celui de ses pairs. En parallèle, l’ARRQ est à l’origine de nombreuses manifestations pour promouvoir la cuisine mobile auprès des consommateurs : le festival YUL EAT (2014) et bien sûr Les Premiers Vendredis, qui ont réuni cette année 54 camions et attiré 24 000 personnes. Pour ne citer que ces deux-là.